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Entretien avec Nathalie Griesbeck

Quelques jours après la rentrée parlementaire à Strasbourg, Nathalie Griesbeck a accordé début août une interview exclusive à Europe-Modem-Est.eu


Europe-Modem-Est Comment s’est passée votre rentrée au Parlement européen?

Nathalie Griesbeck Ca a été un moment très dense, passionnant, enthousiasmant, et en même temps assez grave, en raison de la solennité de l’action européenne. Je suis heureuse de retrouver le Parlement européen. Il a beaucoup changé. Tout d’abord, il a été renouvelé à plus de la moitié et il y a beaucoup de nouveaux députés. Par exemple, seuls 20% des élus sortants français se représentaient, ce qui est très peu. La délégation française est passée de 78 à 72 députés, et elle aussi est en grande partie renouvelée.

J’ai aussi eu beaucoup de plaisir à retrouver le groupe ADLE, qui compte aujourd’hui 82 membres. Lui aussi a beaucoup changé. Il est plus politique que le groupe précédent, au sens noble du terme. Le nouveau président du groupe ADLE, Guy Verhofstadt, est très habile, là aussi au sens noble du terme. Son style est très différent de celui de son prédécesseur Graham Watson, avec beaucoup de différences mais aussi beaucoup de ressemblances. Il écoute vraiment tout le monde, et fait ensuite la synthèse, alors que Graham Watson jouait plus sur le consensus. J’ai découvert la capacité de Guy Verhofstadt à être le fer de lance de ce que nous voulons réaliser au Parlement, en particulier dans le sens de plus de politique européenne. Guy Verhofstadt a aussi une véritable vision de la méthode. Il souhaite privilégier chaque fois que cela est possible la méthode communautaire, et non le jeu des accords au coup par coup entre Etats.

Sous l’impulsion de Guy Verhofstadt, le groupe a contribué à repousser la volonté des Etats à renouveler Jose Manuel Barroso à la présidence de la Commission européenne sans discussion. Cela, c’est l’action des députés du groupe ADLE qui l’a initié, et non Daniel Cohn-Bendit. Le groupe ADLE, avec les élus MoDem, a poussé le Conseil à désigner tout d’abord son candidat, puis, une fois nommé, à le présenter au Parlement avec un véritable programme. Cela a permis de dégager un délai qui a empêché Jose Manuel Barroso d’être investi quasiment sans vote dès juillet.

Mais à ce jour il n’y a pas d’autre candidat à la présidence de la Commission européenne. Guy Verhofstadt n’est pour l’instant pas candidat; la Belgique ne le présente pas comme tel pour le moment. De plus, ADLE le perdrait comme président de groupe. Il n’y a pas d’alternative à ce jour.

Jose Manuel Barroso s’est beaucoup énervé à propos de cet ajournement. Le groupe ADLE cherchait avant tout à ce qu’il soit désigné selon les critères du traité de Lisbonne, donc après le referendum irlandais et, dans l’idéal aussi, après les élections allemandes, car les règles seraient plus contraignantes en matière de majorité. Le Parlement actuel a été élu selon les critères du traité de Nice, et c’est l’un des arguments de Barroso pour être désigné rapidement. D’ailleurs, si les critères du traité de Lisbonne avaient été appliqués lors du scrutin, il y aurait 74 députés français, et non 72. L’ancienne commission est en place jusqu’à la fin de l’année 2009, et c’est vers le futur qu’il faut regarder, non vers le passé.

J’ai aussi un grand intérêt à travailler dans ce groupe. Après beaucoup d’hésitations, je me suis retirée de la commission du budget, dans laquelle je m’étais beaucoup investie, pour rejoindre la commission Liberté, Affaires Intérieures et Justice. Mon coeur a balancé, mais j’ai finalement choisi un thème qui m’est cher dans un domaine plus proche de mon métier de juriste. Je suis titulaire dans cette commission, et je reste suppléante dans la commission Transports et Tourisme. Notre région, qui est un noeud important de circulation au coeur de l’Europe, a un atout à jouer dans ce domaine, avec la proximité de la Sarre, de la Belgique et du Luxembourg, et à un carrefour d’échanges entre est-ouest et nord-sud.

Notre délégation MoDem a mis tout son poids pour que Corinne Lepage obtienne la vice-présidence de la commission Environnement. Il faut mettre aussi au crédit de Marielle de Sarnez la présence de députés MoDem dans toutes les commissions touchant à la co-décision, alors que nous ne sommes que 6.

Le Parlement sitôt installé s’est très rapidement mis au travail. Après avoir acté les résultats des élections, les sessions habituelles de début de mandat permettant d’élire et d’installer les responsabilités du Parlement, puis l’installation proprement dite, nous avons déjà eu une semaine complète pour travailler en commissions en juillet. Le Parlement européen ne chôme pas.


Europe-Modem-Est Que pensez-vous des résultats du MoDem à ces élections européennes?

Nathalie Griesbeck Il ne faut pas se voiler la face, ces résultats ne sont pas bons du tout. La dernière semaine de la campagne a été catastrophique pour le MoDem, mais dans une perspective qui se dessinait hélas depuis quelques semaines.

Le débat télévisé à lui seul a certainement fait perdre 1 à 1,5 points. La diffusion du film “Home” de Yann Artus-Bertrand, le vendredi soir juste avant le scrutin, en a sans doute fait perdre au moins autant. Le livre de François Bayrou a également joué contre le MoDem. Il a transformé la nature de la campagne, en l’érigeant en pseudo-présidentielle sur un mode “sarkozystes contre anti-sarkozystes” qui n’avait rien à faire dans une campagne aux enjeux européens. Il a fait perdre le fil européen qui faisait jusque là précisément la force du MoDem. Le livre a eu beaucoup de succès et s’est bien vendu, mais il n’est pas sorti opportunément dans la campagne et a désorienté le discours européen du MoDem.

Les Verts recueillent le bénéfice d’une très bonne campagne, très opportuniste, où ils ont très bien communiqué.


Europe-Modem-Est Que représente l’élection de Jerzy Busek, ancien premier ministre polonais, à la présidence du Parlement?

Nathalie Griesbeck Le fait que la présidence du Parlement échoie à Jerzy Busek est mitigée. D’un côté, qu’il soit à ce poste le premier issu d’un pays de l’Europe de l’Est est incontestablement à saluer. Mais on peut avant tout regretter qu’il y a cinq ans la candidature de Bronislaw Geremek, qui avait tout de même une autre stature que Busek, n’ait pas été soutenue. Bronislaw Geremek était une personnalité hors du commun. C’était un personnage historique, un homme d’Etat, l’un des fondateurs de Solidarnosc, membre du premier gouvernement polonais d’après communisme, un véritable ami de la France. Il aurait transcendé les clivages. De plus, aussi proche de l’entrée des pays de l’Est dans l’Union européenne, le symbole aurait été beaucoup plus fort. Un an après son décès accidentel, Bronislaw Geremek laisse un grand vide au Parlement.

Le véritable problème de l’élection de Jerzy Busek est qu’elle est issue d’un petit jeu entre amis entre les deux grandes formations politiques que sont le PPE et le PSE. Ce qui est déplaisant, c’est qu’elle est le résultat de tractations entre les deux grands groupes. Les socialistes ont voté pour Jerzy Busek à la condition expresse que les libéraux votent dans deux ans et demi pour le candidat socialiste, Martin Schultz. Il n’y avait d’ailleurs pas d’autre candidat que Jerzy Busek à cette présidence jusque très peu de temps avant le vote. Le groupe ADLE n’avait pas de candidat, car Graham Watson s’était retiré. C’est une femme d’extrême gauche, la suédoise Eva Britt Svensson, qui s’est finalement présentée face à Jerzy Busek et qui a obtenu un très faible score.


Europe-Modem-Est Comment expliquez-vous l’absence de Français au bureau du Parlement européen?

Nathalie Griesbeck C’est un problème avant tout de choix et de poids politique. Les formations disposent d’un capital de points qu’ils peuvent placer dans telle ou telle initiative. Les Français ont très mal négocié sur ce point. Michel Barnier, qui était le négociateur français pour le PPE (UMP), s’est mal débrouillé, et il a eu ensuite beaucoup de mouvements d’humeur à gérer dans son propre groupe. Il s’en est défendu, en affirmant qu’il avait préféré privilégier, plutôt que les vice-présidences, des responsabilités au sein des commissions, la vice-présidence de la commission du Budget, et Joseph Daul comme président du groupe PPE.

Il y a d’ailleurs un corollaire assez gênant, c’est que l’absence de vice-présidents français devient un véritable handicap pour le maintien du siège du Parlement européen à Strasbourg. La plupart des postes de responsabilité au sein du Parlement, vice-présidents comme questeurs, sont désormais tenus par des opposants à Strasbourg. Les Britanniques et les Allemands sont particulièrement nombreux aux vice-présidences du Parlement. Or, une part importante des élus de ces deux pays sont opposés au maintien à Strasbourg en raison de son coût.


Europe-Modem-Est Le TGV-Est fait partie des enjeux européens actuels. Quel est l’avenir de la seconde phase de la LGV (ligne à  grande vitesse) dans la région ?

Nathalie Griesbeck Le Parlement européen a discuté un plan de relance de près de 500 millions d’euros. Cent un projets prioritaires en tout en bénéficieront. Un seul projet français a été retenu, celui de la deuxième phase de la LGV Est, qui doit voir sa prolongation au-delà de Baudrecourt jusqu’à Vandenheim. Pour ce projet, j’ai été invitée à assister aux travaux et à la rédaction du rapport de la commission du Budget, alors que je n’en fais plus partie.

La Lorraine s’est empêtrée dans un magma politique à propos de la LGV, alors même qu’il serait important pour tous les Lorrains de s’entendre et de se fédérer pour garder cet arbitrage, qui est le dernier conservé par la France, au lien de s’entre-déchirer. Les discussions achoppent sur le mode de financement, sur les sommes engagées par les collectivités territoriales, et sur le problème plus spécifique de la gare d’interconnexion. Les socialistes, à la tête de l’exécutif régional, souhaitent la voir déplacée à Vandières, pour permettre la liaison avec les trains régionaux en nord-sud, en construisant une nouvelle gare. L’UMP, à la tête du conseil général de la Moselle, désire une solution moins onéreuse, qui est de conserver la gare à Louvigny, plus proche de l’aéroport régional. Les élus alsaciens s’inquiètent des retards que l’absence de signature de la convention en juillet risque de créer. Or, cette prolongation de la LGV est primordiale pour le développement futur de la région, au coeur des déplacements vers l’Est et vers l’Europe. Elle détermine des enjeux de développement durable essentiels, et l’ouverture sur l’Europe de toute la région. Cette position figée des exécutifs et cette querelle sont inadmissibles, extravagantes et incompréhensibles.

La position des Verts en la matière est également déconcertante. Pour des raisons sans doute purement politiciennes, ils se sont positionnés contre la deuxième phase de la LGV, ce qui, en terme de développement durable, n’est guère défendable. Ils pensent en se comportant ainsi qu’ils existent et qu’ils sont aussi forts que les Socialistes.


Europe-Modem-Est Que pensez-vous de la loi Hadopi, sur le téléchargement illégal, au regard de l’Europe?

Nathalie Griesbeck Certaines dispositions de la loi Hadopi sont clairement contraires à la déclaration des Droits de l’Homme de 1789, qui défend sans ambigüité le secret des correspondances. La surveillance tout azimut des courriers électroniques qui est plus ou moins implicitement inclus dans la loi est excessive au regard des bénéfices de la loi. Il ne faut pas tuer la mouche avec un canon; c’est l’un des principes majeurs de la démocratie. Il faut une égalité minimale pour tous. Cela doit se faire par le droit et la loi, sous le contrôle d’un juge. C’est un équilibre qu’il faut rechercher avant tout. Frédéric Mitterrand sera moins rigide que Christine Albanel dans le domaine, mais pour le reste il n’a sans doute pas plus de latitude qu’elle dans la gestion du dossier.

La loi Hadopi française est aussi contraire à plusieurs dispositions européennes, comme l’amendement Alvaro, qui vise à limiter plus strictement la durée de conservation des données, et plusieurs directives qui régissent les communications électroniques et le droit à l’Internet. La Commission européenne a en particulier statué clairement que l’accès à Internet est un droit fondamental qui doit être protégé par les juridictions nationales. La législation européenne dans le domaine s’oppose à la législation française, trop contraignante. Il ne faut pas oublier que l’Europe imprègne plus de 80% de nos législations nationales, et que c’est même la totalité de nos lois qui doit respecter la législation europenne, en particulier dans le domaine des droits fondamentaux. En cela, l’Europe nous protège tous.

A lire aussi:
Lettre des députés ADLE à José Manuel Barroso et memorandum (document PDF).

Propos recueillis par Catherine Créhange le 6 août 2009 à Metz.

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Double culture et vision européenne

Entretien avec Christian-Metin, étudiant en Lorraine

Christian-Metin Cavusoglu a choisi de voyager pour se former. Père turc, mère allemande, Christian étudie à Nancy dans le cadre du cycle franco-allemand de Sciences-Po. Bientôt (été 2009), Christian rejoindra la Turquie, pour une étape Erasmus à Istanbul. A 22 ans, ce jeune européen pratique l’Europe, rêve d’une intégration de la Turquie, et pose un regard lucide sur notre avenir commun. Entretien pour le site Europe-Modem-Est.eu

Christian-Metin Cavosoglu


Europe-Modem-Est L’Union européenne est-elle en panne ou en crise selon vous ?

Christian-Metin Cavusoglu Tout le monde a compris que l'UE est en train de subir au moins deux crises en même temps. D'abord, il y a la crise économique et le problème irlandais. La crise caucasienne a heureusement pu être réglée assez vite. Je ne crois pas personnellement que l'UE est en panne. Sur le plan interne, avec la Commission Européenne, elle a une institution très forte, qui fonctionne en même temps très efficacement, et sur le plan externe, il y a les présidences successives du Conseil Européen qui arrivent à lui donner un visage de plus en plus cohérent et unitaire. Je me demande si, par contre, les crises ne l'aident pas à renforcer son processus d'intégration.


Europe-Modem-Est Que signifie être citoyen européen, pour vous ?

Christian-Metin Cavusoglu Etre citoyen européen pour moi, c'est tout d'abord être conscient de la diversité des cultures et de la multitude des langues européennes. C'est aussi être tolérant envers des étrangers, et solidaire avec les personnes qui ont un niveau de vie moins élevé que nous, ici en Europe. Enfin, c'est promouvoir et défendre les droits de l'homme partout dans le monde.


Europe-Modem-Est Quelles doivent être, à votre avis, les priorités de l'Europe ?

Christian-Metin Cavusoglu A mon avis, le plus important est que l'UE arrive à se définir elle-même. Qu'est-ce que c'est, à quoi ça sert, et qu'est-ce qu'on veut devenir et achever dans l'avenir ? Surtout, il faut qu'elle arrive à clairement définir son but pour qu'elle puisse, à partir de ce but défini, décliner des politiques cohérentes et communes. Pour moi, il très important que l'UE garde son côté idéaliste, c’est à dire son rôle de pionnier en ce qui concerne la protection de l'environnement et des droits de l'Homme, et l'aide au développement. L’Europe doit assumer le poids qu'elle mérite dans le monde et les responsabilités économiques et sociales qui viennent avec. Finalement, elle ne doit surtout pas se faire exploiter par les USA.


Europe-Modem-Est Votre double culture germano-turque est-elle une chance ?

Christian-Metin Cavusoglu Clairement oui ! Parce que le fait que j'ai grandi entre deux cultures m'a déjà fourni toutes les caractéristiques – celles que je viens juste de décrire – qui font le citoyen européen idéal. Mon côté turc me permet également de remettre en question quelques politiques de l'UE qui sont vantées comme idéalistes où humanitaires ici, mais perçues entièrement différemment de l'extérieur. Finalement, le fait que la Turquie soit un pays musulman me permet de mieux comprendre nos mentalités européennes en les confrontant à cette culture turque différente.


Europe-Modem-Est Que pensez-vous de l'adhésion de la Turquie à l'Union Européenne ?

Christian-Metin Cavusoglu Je suis convaincu qu'une fois que la Turquie aura résolu ses problèmes intérieurs (droits de l'Homme et droits des minorités) et extérieurs (Chypre, Arménie) et que tous les 35 chapitres de son dossier d’adhésion seront négociés, ce pays finalement rejoindra l'UE. Vu qu'on parle d'une période de plutôt moyen-terme (15, 20, 25 ?? ans), les États membres de l'UE qui voient son adhésion de façon encore assez critique vont parvenir à apprécier son importance géopolitique et finalement donner leur accord.


Europe-Modem-Est Est-ce facile de parler de l'Europe avec les Turcs que vous connaissez ?

Christian-Metin Cavusoglu Honnêtement, non. J'ai passé l'été dernier à Istanbul, où j'ai eu beaucoup d'occasions de parler de l'UE. J'étais surpris par les positions de la plupart des gens, car ils voient l'UE tout-à-fait autrement que nous Européens la voyons. Ils pensent que l'UE pratique une sorte de néocolonialisme avec la Turquie, parce que manifestement, l’Europe veut bien profiter du marché turc, mais pas intégrer le peuple. D'ailleurs, beaucoup de turcs pensent que l'UE se voit comme un club chrétien qui ne veut pas avoir un membre musulman. En somme, la plupart des personnes turques qui je connais se montrent plutôt critiques à l'égard de l'UE.


Europe-Modem-Est Comment envisagez-vous votre travail en Europe demain ?

Christian-Metin Cavusoglu Vu que j'ai grandi entre les deux cultures, turque et allemande, et que mon université m'a donné la chance d'obtenir une formation véritablement européenne, j'aimerais bien travailler dans les relations internationales entre la Turquie et l'Union Européenne plus tard. Je veux servir de lien entre ces deux cultures.

Propos recueillis en décembre 2008.

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Un Européen prix Nobel de la paix

Le Finlandais Martti Ahtisaari récompensé par le comité suédois

Le médiateur finlandais Martti Ahtisaari, 71 ans, a reçu le prix Nobel de la paix pour ses efforts de résolution des conflits en Namibie, en Irlande du Nord, dans les Balkans et dans la province indonésienne d'Aceh. Comme l’a noté le comité Nobel, "on ne dit pas que tout ce qu'a fait Martti Ahtisaari s'est traduit par un succès mais il a eu des réussites magnifiques". L’ancien président de la Finlande a notamment échoué au Kosovo. En 2005, Martti Ahtisaari avait conduit, sous l'égide de l'ONU, les pourparlers entre Serbes et Kosovars sur le futur statut de la province serbe. Le médiateur européen avait abandonné en mars 2007, constatant que le dialogue ne menait à rien.

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Bronisław Geremek

Bronislaw Geremek

Bronisław Geremek
Photo: ALDE

Bronisław Geremek est mort dans un accident de voiture le 13 juillet 2008 près de Miedzichowo, en Grande Pologne, sur la route entre Poznan et Berlin, alors qu'il se rendait à Bruxelles.

Eléments de biographie

Bronisław Geremek est né le 6 mars 1932 dans la vieille ville de Varsovie. Son père était rabbin. Pendant la guerre, sa mère et lui parviennent à s'enfuir. Pas son père, qui meurt à Auschwitz. Il est recueilli par des paysans catholiques qui le cachent jusqu'à la fin de la guerre.


Il débute ses études à Varsovie. Après avoir hésité quelque temps entre sociologie et histoire ancienne, il choisit finalement l'histoire. Son thème de recherche est la pauvreté et l'exclusion en France et en Europe au Moyen-Age, sujet peu sensible à la censure en Pologne à l'époque. Il est fait docteur à l'Académie des Sciences de Varsovie en 1960. Après deux voyages en 1956 et 1957, ses études et ses recherches le ramènent en 1962 à Paris, à la Sorbonne, à l'Ecole Pratique des Hautes Etudes, où il est élève de Fernand Braudel et où il se lie avec l'école des Annales ainsi qu'avec Jacques Le Goff et Georges Duby. Il dirige le Centre d'Etudes Polonaises de 1962 à 1965. Sa thèse, soutenue en 1972, est publiée en 1976 à Paris sous le titre "Marginaux parisiens aux XIV° et XV° siècles" (Flammarion). Il conserve ce même thème de recherche tout au long de sa carrière universitaire. Il est titulaire de la chaire internationale d'histoire sociale de l'exclusion au Collège de France au début des années 90, et titulaire des chaires d'histoire sociale et de civilisation européenne des universités de Bruges, en Belgique, et de Natolin, en Pologne. Il est Docteur honoris causa de plus de 20 universités.

De 1962 à 1970, il passe sa vie entre Paris et Varsovie. Ce qui le pousse à revenir en Pologne, malgré un régime qu'il juge de plus en plus détestable et malgré l'antisémitisme institutionnalisé par le parti, c'est la volonté de modifier cet état de fait de l'intérieur, et non à distance.


Etudiant, il adhère en 1950 au POUP (PZPR en polonais), le parti communiste polonais, parti unique au pouvoir depuis 1948, et participe à son courant réformiste. Il y reste 18 ans. Il quitte finalement le POUP en 1968, pour deux raisons. La première est l'écrasement du Printemps de Prague par les troupes du pacte de Varsovie, auquel ont participé des dizaines de membres du parti polonais qui soutient l'intervention soviétique. La seconde est une nouvelle vague de purges antisémites, pratique à laquelle le POUP est d'ailleurs habitué. Geremek est sincèrement marxiste à l'origine. Il a adhéré au PC français lors de ses années d'études en France, toujours dans le courant réformiste. Dissident après 1968, il est dès lors considéré comme anti-communiste, alors qu'il combat surtout le totalitarisme.

A la fin des années 70, alors qu'il continue à donner des cours à Paris, à un rythme moins soutenu, il se rend compte du fossé qui se creuse à une vitesse qui s'accélère entre les deux blocs, de l'Ouest et de l'Est, au niveau institutionnel, économique, politique, au niveau des libertés individuelles et des aspirations populaires également. Là se dessine sa future activité politique.


Il se lie avec Adam Michnik et Jacek Kuron dans les années 70 par le biais du Comité de défense des ouvriers (KOR) et participe aux séances de l'université volante et clandestine que le KOR organise dans des appartements privés. Le KOR a des contacts avec d'autres mouvements dissidents en Tchécoslovaquie, en Hongrie et en Russie. Par l'entremise de Kuron et Michnik, Geremek rencontre Lech Walesa et Tadeusz Mazowiecki, ainsi que les autres membres du futur Solidarnosc, le premier syndicat libre du bloc communiste, à l'été 1980, quelques mois à peine avant les grandes grèves qui se produisent dans les chantiers navals de Gdansk. Il a alors 48 ans et une belle carrière d'universitaire.

Il est présent sur le terrain aux côtés de Walesa pendant toute la durée du conflit. L'échec des différents soulèvements de 1956, 1968 et 1970 dans les pays du bloc de l'Est était dû en partie au manque de solidarité entre les mouvements ouvriers, universitaires et étudiants. Geremek s'emploie à entretenir une bonne entente entre ouvriers et intellectuels, au niveau des formations comme des personnes. Il conseille tout d'abord le Comité de défense des ouvriers à Gdansk. Son expertise et sa bonne connaissance du POUP et de ses mécanismes souterrains le placent d'autorité en position de négociateur pour Solidarnosc lors de la préparation des accords de Gdansk. Le syndicat est finalement créé grâce à l'application d'une convention de l'Organisation Internationale du Travail que la Pologne avait ratifiée et sur laquelle elle ne peut revenir. C'est donc par le droit que se gagne la première manche.

Modéré, défenseur de la solution diplomatique et surtout non violente, Geremek n'est pas partisan de l'affrontement. Mais il est vite débordé par la radicalisation du mouvement ouvrier lorsque la position du pouvoir polonais se durcit sous la pression soviétique et que se produit la proclamation de l'état de guerre par le général Jaruzelski. Il fait partie de ceux qui ne croient pas à la bonne volonté du général Jaruzelski, mais il pense que la seule solution envisageable passe par le parti et se trouve à l'intérieur du régime, et non à l'extérieur. Le syndicat libre Solidarnosc est interdit. Dans les mois qui suivent, Geremek est harcelé par la police secrète; il est également victime d'une campagne de dénigrement raciste et anti-intellectuelle très agressive de la part de Radio Varsovie. Comme les autres dirigeants de Solidarnosc, il fait plusieurs séjours en prison, deux ans et demie en tout, en 1981 et 1983; il est exclu de l'Académie des Sciences pour anti-soviétisme, mais peut continuer à professer chez les Jésuites. Lorsque Gorbatchev et la Perestroïka en URSS entrouvrent des portes, en 1985-86, il participe avec pragmatisme à la médiation et à la préparation de l'alternance du pouvoir qui conduit en 1989 aux tables rondes entre Solidarnosc et le pouvoir en place, à la mise en place d'élections plus libres, et à la fin du système de parti unique.

La démocratisation du pouvoir se passe en douceur, et pour la première fois depuis l'après-guerre le premier ministre n'est pas communiste et n'est pas imposé par Moscou. Les conséquences en seront gigantesques dans tous les pays satellites de l'URSS. Geremek est élu à la Diète polonaise dans les rangs de Solidarnosc en 1989. Son ami Tadeusz Mazowiecki devient le premier Premier ministre de la nouvelle Troisième République. Lech Walesa est élu un an plus tard à la tête de l'Etat (1990-95). Walesa se sépare rapidement de ses conseillers issus de la mouvance intellectuelle sous la pression de la composante populiste, nationaliste et cléricale, très à droite, de Solidarnosc. Lech Walesa refusera toujours à Geremek le poste de Premier ministre qui lui semblait pourtant promis. Geremek est marginalisé, y compris au sein de son propre parti. Mais le parti AWS issu de Solidarnosc ne résiste pas à l'exercice du pouvoir et explose en 1990-91. Geremek rejoint alors les rangs centristes et libéraux.

Président de la commission des Affaires Etrangères de la Diète polonaise (SEJM), Geremek est nommé Ministre des Affaires Etrangères de 1997 à 2000. A ce titre, il fait accélérer le rapprochement de la Pologne avec l'Union européenne. Il est également président de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) en 1998. Il signe l'entrée de la Pologne dans l'OTAN (1999) et négocie son adhésion à l'Union européenne (2004). Mais, forcé de se retirer du gouvernement en 2000, il est battu avec son parti en 2001.

Il est élu au Parlement européen en 2004 dans le parti réformateur issu de Solidarnosc, l'Union des Libertés (UW, centre gauche) et siège avec les centristes au sein de l'ALDE. Il est candidat à la présidence de l'Union européenne la même année, mais les partis conservateurs européens, auxquelles appartiennent Droit et Justice en Pologne et l'UMP en France, et les socialistes, s'y opposent au nom de la suprématie politique des deux grands partis qui se partagent par accord tacite la présidence depuis toujours. En avril 2007, le parti Droit et Justice (droite conservatrice) des frères Kaczynski tente de le faire destituer de son mandat européen au nom de la réforme de la loi de lustration (terme religieux désignant une purification rituelle) qui impose aux personnalités polonaises la déclaration publique de leurs activités passées avec la police secrète communiste. Geremek est soutenu par des hommes politiques de tous bords et de toute l'Europe qui soulignent son geste de "résistance morale". La cour constitutionnelle polonaise lui donne raison sur le fond, à savoir sur l'inconstitutionnalité, l'illégalité de la forme et de la procédure.

La seconde loi de lustration polonaise, partiellement invalidée, s'appuie sur un institut de mémoire nationale dépositaire des archives policières et ayant des droits supérieurs à ceux des tribunaux, et à ce propos Bronisław Geremek s'inquiète d'une tendance récente qui se répand en Europe (prônée également en France par Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy) qui consiste à faire adopter une position de vérité historique et de mémoire collective par voie parlementaire ou institutionnelle. Par ailleurs, le débat posé par l'application d'une loi paraissant injuste à la majorité des Polonais mais votée par un gouvernement et une assemblée élus démocratiquement pourrait également se poser dans n'importe quel pays d'Europe, et en particulier en France.

Ces dernières années, inquiet de la répétition des référendums négatifs sur les traités et de l'échec de plusieurs sommets en 2006 et 2007, il montrait tout de même une position plutôt optimiste à moyen et long terme si certaines directions actives et positivistes étaient prises. Il regrettait dans le traité de Lisbonne l'absence du mot constitution, l'absence également des symboles que sont les emblèmes, le drapeau, et l'hymne européen, un représentant aux affaires étrangères n'ayant pas titre de ministre, ainsi que le fait que le droit européen n'ait pas primauté sur le droit national des Etats, mais relativisait la situation car en réalité selon lui tous ces éléments étaient bel et bien présents. Il suffisait de peu d'efforts pour les mettre en application, à condition de considérer le traité comme un cadre dans lequel faire évoluer la construction européenne, et de réformer certains points de blocage fonctionnel, comme le mode de vote à l'unanimité.

Il dénonçait ouvertement le manque de vision européenne de nombre de dirigeants européens. Il était conscient du fossé qui continuait à exister entre pays de l'ancien bloc soviétique et l'Ouest de l'Europe, et de la crainte qu'inspirait l'élargissement de l'Europe pour les Européens, Etats comme citoyens, à l'heure d'affronter la crise. Il engageait également les dirigeants européens à reconsidérer les rapports que l'Union entretient avec ses voisins. Il soutenait la participation de ces pays voisins à des dispositions élargies pour la paix et la stabilité en Europe, ce qui avait provoqué des critiques à l'Est et, paradoxalement, plutôt dans les milieux conservateurs, sur sa position jugée atlantiste. Celle-ci lui avait d'ailleurs valu beaucoup de méfiance et même une incontestable marginalisation dans la vie politique polonaise depuis le début des années 90.

Bronislaw Geremek

"Le Livre sur la Place" avait reçu à Nancy
Bronisław Geremek en septembre 2006

Au printemps 2008, il avait alerté sur la reprise de confiance que montrait le Kremlin en matière de politique étrangère, et sur le danger que représentait le masquage de Vladimir Poutine par Dmitri Medvedev. Il avait confié à des proches, dont l'historien Emmanuel Le Roy-Ladurie, la crainte que lui inspirait cette reprise de confiance et le risque d'envahissement qu'elle faisait à nouveau peser sur certains anciens pays satellites, dont le Belarus, la Moldavie, les pays baltes, l'Azerbaïdjan et la Géorgie.

Qui était-il ?

Toujours élégant, les yeux bleus perçants, le regard pétillant, une pipe dépassant de la barbe, une voix chaleureuse reconnaissable entre toutes, Bronisław Geremek possédait un fort charisme et une personnalité brillante.

Il était surnommé le Professeur, même en dehors de l'université, en raison de la dimension pédagogique qu'il avait l'habitude de donner à toute discussion. Son aura était internationale. Mais il savait garder modestie, simplicité et humilité, écoutant avec beaucoup d'attention et de patience ses interlocuteurs avant de leur répondre avec persuasion et souvent humour. Personnaliste, il avait avant tout un profond respect de l'individu.

Homme de fortes convictions, porteur de valeurs humanistes et d'un idéal de démocratie, de liberté et de justice, loyal en toutes circonstances, il était également foncièrement patriote.


Voyageur infatigable, il a porté sur tout le continent sa vision et son espérance d'une Europe plus forte et fière d'elle-même. Dans cette optique, il prône une Europe des cultures, diverse, multiple, mais unie, gage de respect et d'influence vis à vis du reste du monde. Son travail sur les racines spirituelles multiples de l'Europe passe par le renforcement du débat sur l'identité européenne, sur l'héritage commun, sur l'esprit communautaire, sans se contenter d'un espace économique ou d'un marché commun où seul le moins disant économique a le dernier mot. Les bases historiques qu'il propose à l'esprit européen sont tout d'abord la chrétienté médiévale (surtout par le biais des monastères et des universités), qui fournit un langage culturel commun à toute l'Europe, et surtout face à ses adversaires, mais également la république des Lettres du siècle des Lumières, communauté de croyance autour du progrès, destinée à sortir de l'obscurantisme de cette même chrétienté médiévale.

Il pousse aussi à recentrer le débat sur la citoyenneté européenne. Partisan d'une grande université d'Europe destinée à prodiguer une éducation à l'Europe, à promouvoir les cultures et l'identité européennes, il participe à la création du campus de de Natolin, près de Varsovie, essaimage du collège européen de Bruges. Il contribue également au projet du musée de l'Europe à Bruxelles. Comme le hongrois François Fejtö, mort en juin 2008, il a fait connaître la culture de son pays et non la seule facette communiste que voyaient, et encore parfois aujourd'hui, les occidentaux.

Il était président de la Fondation Jean Monnet de Lausanne depuis 2006.

Catherine Créhange
4 septembre 2008

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François Fejtö

François Fejtö, mort à Paris le 2 juin 2008 à 98 ans, était un journaliste politologue spécialiste de l'Europe Centrale, né Ferenc Fejtö dans le sud de la Hongrie en 1909.


Il est issu d'une famille juive aisée d'imprimeurs et de libraires qui se retrouve dispersée dans toute l'Europe Centrale après l'éclatement de l'Empire austro-hongrois. Lui reste en Hongrie, où il fait des études littéraires, à Pecs puis Budapest, villes qui accueillent alors beaucoup d'étudiants étrangers.


Après avoir écrit dans plusieurs revues socialistes et sociales-démocrates, très engagé politiquement, il collabore avec le poète Attila Jozsef et le publiciste Pal Ignotus à la revue anti-fasciste et anti-stalinienne Szep Szo qui publie également des philosophes français avec lesquels il correspond. Condamné par deux fois à de la prison pour des faits politiques, il quitte la Hongrie et s'établit à Paris en 1938. Dès 1934, il est l'un des premiers avec Attila Jozsef à dénoncer les crimes de Staline, alertant ses relations occidentales, comme Jean-Paul Sartre qui ne l'entend d'ailleurs pas dans un premier temps. Les écrivains communistes français les plus éclairés ne prennent conscience de ce qu'est vraiment le stalinisme qu'après la publication et surtout le grand succès de l'Histoire des Démocraties Populaires qui paraît en 1952 et qui est traduite en 17 langues. D'autres intellectuels communistes plus dogmatiques, comme Louis Aragon ou Elsa Triolet, refusant de l'écouter, préfèrent lui tourner le dos.


Résistant à Paris pendant la guerre, il dirige ensuite le bureau de presse de l'ambassade de Hongrie à Paris en 1945, en démissionne et rompt totalement avec le régime hongrois à la suite de l'arrestation de l'un de ses proches. Il s'éloigne alors du communisme. Il ne reviendra en Hongrie qu'en 1999 pour les funérailles nationales d'Imre Nagy, exécuté en 1958 et réhabilité à la faveur du changement de régime. Toutefois, il ne cesse jamais les contacts avec des interlocuteurs de tous bords.


A Paris, il se lie avec le Congrès des intellectuels pour la liberté. Ami de Camus et d'Edgar Morin, proche de Raymond Aron, Paul Nizan, Emmanuel Mounier, Jacques Maritain, et des philosophes personnalistes, il collabore avec eux à la revue Esprit. C'est un esprit ouvert, libre, cultivé et curieux. Il le reste jusqu'à sa mort, comme il conserve jusqu'à la fin son accent hongrois. Journaliste à l'AFP de 1944 à 79, spécialiste des questions de l'Europe de l'Est et de la guerre froide, professeur à Sciences-Po de 1972 à 84, naturalisé français en 1955, il écrit de nombreux ouvrages et articles publiés dans une quinzaine de journaux et de revues.


Il a écrit sur les causes de l'implosion, provoquée en grande partie par l'Europe qui l'entoure, de l'Empire austro-hongrois. Parmi ces causes, il pointe le nationalisme continental, dont se défendront — et que combattront — les instances européennes dès leur création. Il écrit également plusieurs ouvrages sur les évolutions des pays du bloc de l'Est, qu'il connaît très bien et dont il a personnellement vécu les principales étapes. Il est le premier à travailler sur les archives des anciens pays soviétiques après les changements de régime des années 80-90. Son analyse des causes et des échecs des soulèvements des pays de l'Est de 1956 à 1968 livre parmi d'autres une clef ultra nationaliste qui n'avait pas été lue du tout par les régimes marxistes et qui est finalement la cause peut-être principale de leur chute à la fin des années 80, clef que ne doit pas négliger à son tour l'Europe dans ses rapports avec des états qui ont moins de 100 ans d'existence souveraine. En 1993, un article remarqué paru dans le Monde1 sur le nettoyage ethnique en Bosnie, qui se déroule alors, aux portes de l'Europe, détaille les causes traditionnalistes, nationalistes, religieuses, complexes, issues des antagonismes et des frottements dans les Balkans entre les influences européennes et ottomanes, culturelles aussi bien que religieuses, identitaires et nationalistes. Il insiste en particulier sur l'importance de la part de manipulation qui intervient dans les prémices des conflits, et sur certains aspects souvent négligés dans les études, comme les questions d'appropriation de propriété privée et de droit commun dans les guerres civiles.


Il a beaucoup oeuvré dès les années 50 pour faire connaître les pays de l'Europe de l'Est en tant que tels, avec une histoire, un passé, une culture, qui étaient propres à chacun, et non seulement comme des satellites de la Russie soviétique. En particulier, il ne s'arrête pas à la notion de bloc qui est insuffisante à ses yeux pour décrire les rapports entre l'Union Soviétique et les pays se trouvant sous son influence.


Converti au catholiscisme et élevé par une mère adoptive chrétienne, il se dit judéo-chrétien. Cette identité, pas rare dans l'Europe orientale d'avant guerre mais inimaginable ensuite dans ces pays, le pousse à écrire aussi sur les fondements religieux de l'Europe, et sur le Mal en politique, qui le fascine. Il est également, selon ses propres termes, un « européen libre ».


Son "double je" est double: il analyse ses rapports entre ses origines et sa culture juives, son assimilation et sa foi chrétiennes, et dans le même temps les rapports qu'il entretient entre l'Europe centrale, dont il a connu toute l'évolution depuis l'avant-guerre de 1914-18 jusqu'à la chute des régimes pro-soviétiques et le passage à la démocratie. Il a mieux que quiconque su utiliser cette connaissance très pointue qu'il avait des deux blocs, aussi bien sur le plan politique que philosophique, culturel, moral et même intime. Proche de Nizan, il n'en épouse toutefois pas le cosmopolitisme, car il conserve des limites précises européennes à son appartenance au monde.

Catherine Créhange
21 juillet 2008


1. "Les sources idéologiques du nettoyage ethnique" , le Monde, 9 avril 1993

Bibliographie

Histoire de la destruction de l'Autriche-Hongrie
Requiem pour un Empire défunt
Histoire des Démocraties Populaires, 1952, réédité au Point Seuil
La Tragédie hongroise, Pierre Horay Ed., 1996
Budapest 1956, l'insurrection (avec Erich Lessing, György Konràd, Nicolas Bauquet )
Le coup de Prague
La fin des démocraties populaires
Les juifs et l'antisémitisme dans les pays communistes
Dieu et son juif, Pierre Horay Ed., 1997
Juifs et Hongrois
Joseph II
Mémoires, de Budapest à Paris
Le printemps tchécoslovaque
Le passager du siècle (avec Maurizio Serra), Hachette 1999
1848 dans le monde, le printemps des peuples, ouvrage dirigé par François Fejtö

revue Variété
revue Contrepoint
Revue Française des Arts et Lettres

Prix de l'Assemblée Nationale en 1993

Prix des Ambassadeurs 2000

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